Opérations

ACMI, wet lease, dry lease, damp lease : le guide des différences

L'ACMI (Aircraft, Crew, Maintenance, Insurance) est un contrat de location où le loueur fournit l'avion, l'équipage complet, la maintenance et l'assurance, sous son propre AOC, en échange d'un prix par heure de bloc. Le wet lease en est le nom générique ; le damp lease n'inclut pas le personnel de cabine ; le dry lease ne fournit que l'avion.

Ces quatre termes reviennent dans toute discussion de capacité en transport aérien, et ils sont constamment mélangés. Quelques questions simples suffisent pourtant à les distinguer, avec des conséquences très concrètes pour ceux qui planifient les équipages.

Que signifie ACMI ?

ACMI est l'acronyme de ce que fournit le loueur (lessor) :

  • A comme Aircraft : l'avion ;
  • C comme Crew : l'équipage complet, pilotes et cabine, formé et qualifié ;
  • M comme Maintenance : le suivi de navigabilité et l'entretien ;
  • I comme Insurance : les assurances coque et responsabilité liées à l'exploitation.

Le preneur (lessee) paie un taux par heure de bloc, généralement assorti d'un minimum garanti mensuel, et conserve à sa charge ce que l'acronyme ne couvre pas : carburant, redevances aéroportuaires et de navigation, assistance en escale, hébergement des équipages en rotation, taxes passagers, ainsi que la commercialisation des vols, qui restent opérés sous son numéro de vol mais sous l'AOC du loueur.

C'est ce dernier point qui définit juridiquement le montage : en ACMI, la responsabilité opérationnelle et la supervision de sécurité restent chez le loueur, sous le contrôle de son autorité.

Wet, damp, dry : qui fournit quoi ?

ÉlémentWet lease (ACMI)Damp leaseDry lease
AvionLoueurLoueurLoueur
PilotesLoueurLoueurPreneur
Personnel de cabineLoueurPreneurPreneur
MaintenanceLoueurLoueur (le plus souvent)Preneur
Assurance opérationnelleLoueurLoueur (le plus souvent)Preneur
AOC utiliséLoueurLoueurPreneur
Horizon typiqueSemaines à quelques saisonsSemaines à quelques saisonsPlusieurs années

Quatre questions suffisent à qualifier un montage : quel AOC ? qui fournit les pilotes ? qui fournit la cabine ? qui paie l'exploitation ?

  • Wet lease : le terme générique du marché pour l'ACMI, soit avion et équipage complet sous l'AOC du loueur. En pratique, ACMI et wet lease sont utilisés de façon interchangeable.
  • Damp lease : variante où le preneur met son propre personnel de cabine, souvent pour garder son produit commercial et sa langue de service à bord. Attention : le damp lease n'a pas de définition réglementaire unique. C'est un usage du secteur, et c'est le contrat qui fait foi.
  • Dry lease : location de l'avion seul, immatriculé et exploité sous l'AOC du preneur, qui fournit équipages, maintenance et assurances. On est plus proche du financement de flotte que de l'achat de capacité.

En Europe, le wet lease d'appareils immatriculés dans des pays tiers est encadré par l'article 13, § 3, du règlement (CE) n° 1008/2008 : démonstration de normes de sécurité équivalentes, et justification par l'un de trois besoins — besoins exceptionnels (7 mois maximum, renouvelables une fois pour 7 mois), besoins de capacité saisonniers, ou difficultés opérationnelles (durée limitée au strict nécessaire).

Quand utilise-t-on chaque formule ?

  • Wet lease / ACMI : pointe saisonnière, retard de livraison d'un appareil, immobilisation longue (AOG), ouverture de ligne à l'essai, manque temporaire d'équipages, reprise rapide après un choc. Le preneur achète de la capacité en même temps que la ressource la plus rare du moment : des équipages qualifiés, disponibles immédiatement. Le besoin est devenu structurel : fin 2024, l'IATA estimait les livraisons d'appareils de l'année à 30 % sous les prévisions, avec un carnet de commandes record de 17 000 appareils et un âge moyen de flotte mondiale porté à 14,8 ans, lui aussi un record (IATA, communiqué du 10 décembre 2024).
  • Damp lease : mêmes cas, quand le preneur veut garder la main sur l'expérience cabine.
  • Dry lease : constitution ou renouvellement de flotte sur plusieurs années, quand le preneur a (ou construit) sa propre capacité d'exploitation.

Ce que l'ACMI change pour la planification des équipages

Pour l'opérateur ACMI, l'équipage est le produit : ses marges se jouent dans le roster.

  • Multi-contrats, multi-bases : les mêmes navigants servent plusieurs contrats clients simultanés, souvent depuis des bases projetées loin de la base d'affectation. Chaque contrat a ses propres besoins de couverture, et le planning doit les équilibrer sans sur-solliciter une partie du personnel.
  • Conformité par contrat : l'équipage reste sous l'AOC et les règles FTL du loueur, mais chaque contrat ajoute ses contraintes propres (réglementation locale, exigences du client, visas et immigration). Un même pilote peut devoir être « conforme » à plusieurs référentiels dans le même mois.
  • Le minimum garanti pilote l'optimisation : les heures de bloc garanties ne sont rentables que si l'utilisation des équipages suit. Sous-utiliser un équipage projeté coûte double : salaire, per diem et hébergement d'un côté, heures garanties non couvertes de l'autre.
  • Réactivité contractuelle : un appel d'offres ACMI se gagne en jours. Pouvoir simuler « ai-je les équipages pour ce contrat ? » en quelques minutes plutôt qu'en fin de semaine change la façon de répondre à un appel d'offres.

C'est précisément le terrain de SkAI Tech : en add-on du système d'opérations existant, la plateforme génère des rosters multi-contrats conformes (règles FTL, régionales et internes) en une douzaine de minutes, et permet de rejouer le planning quand un contrat entre ou sort.

FAQ

ACMI et wet lease, est-ce la même chose ?

En pratique, oui : le marché emploie les deux termes pour le même montage, avec avion, équipage complet, maintenance et assurance fournis par le loueur sous son AOC. « ACMI » décrit le contenu du contrat, « wet lease » la famille juridique.

Qui est responsable de la sécurité des vols en wet lease ?

Le loueur : les vols sont opérés sous son AOC, donc sous la supervision de son autorité. Le preneur reste responsable de ses obligations commerciales (billets, passagers, créneaux).

Sous quel numéro de vol vole un avion en ACMI ?

Sous le numéro de vol du preneur, qui commercialise le vol ; l'exploitation, elle, reste sous l'AOC du loueur. C'est cette combinaison qui définit le wet lease.

Le damp lease est-il défini par la réglementation ?

Non. Contrairement au wet lease, qui a une base réglementaire en Europe, le damp lease n'a pas de définition réglementaire unique : c'est un usage du secteur, dont le contenu exact varie d'un contrat à l'autre. Il faut donc lire le contrat plutôt que se fier au terme.

Pourquoi le damp lease existe-t-il ?

Pour garder le produit du preneur à bord : cabine à ses couleurs, langue et standards de service, tout en achetant avion, pilotes et maintenance à l'extérieur. La frontière exacte — qui forme la cabine, qui l'encadre — est contractuelle.

Sources

  • Règlement (CE) n° 1008/2008, article 13, § 3 : conditions du wet lease d'appareils immatriculés dans des pays tiers (sécurité équivalente, besoins exceptionnels, besoins saisonniers, difficultés opérationnelles).
  • Règlement (UE) n° 965/2012, pour l'AOC et les responsabilités d'exploitation.
  • International Air Transport Association (2024, 10 décembre), Supply Chain Issues Continue to Negatively Impact Airline Performance into 2025 : livraisons 2024 à 30 % sous les prévisions, carnet de commandes de 17 000 appareils, âge moyen de la flotte mondiale à 14,8 ans.
  • Pratique contractuelle du marché ACMI, seule référence pour le damp lease, qui n'a pas de définition réglementaire.

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